Chaque ville possède un symbole qui la représente mieux que mille mots. Palerme en a beaucoup : la mer, les marchés, les palais arabo-normands, le parfum du jasmin les soirs d’été, les voix qui résonnent dans les ruelles. Mais parmi eux, il en est une qui, plus que toute autre, parvient à réunir histoire, identité populaire, beauté et sentiment d’appartenance : Santa Rosalia, ou tout simplement la Santuzza pour tous.
Ce n’est pas seulement une figure religieuse. Pour Palerme, Rosalia est une présence culturelle, urbaine et émotionnelle. C’est un nom qui traverse les siècles, les familles, les rues, les fêtes, les images votives, les récits des grands-parents et les nouvelles interprétations artistiques. C’est une icône qui change de forme sans perdre son sens.
Cette année (2026), Palerme se prépare à célébrer le 402e Festino de Santa Rosalia, l’un des rendez-vous les plus attendus de l’année, dont le point culminant aura lieu dans la nuit du 14 juillet. Le 402e Festino est signé par Odd Agency, en collaboration avec CoopCulture, sous la direction artistique de Luca Pintacuda ; le dessin du char triomphal porte quant à lui la signature de l’architecte Mario Cucinella.
Le Festino : quand Palerme se reconnaît
Le Festino n’est pas une simple fête. C’est un rituel collectif au cours duquel Palerme s’arrête, se regarde, se raconte et se reconnaît.
Chaque année, le char traverse le Cassaro, de la partie haute de la ville jusqu’à la mer, emportant avec lui non seulement la mémoire de la Santuzza, mais aussi la manière dont Palerme choisit de raconter son présent. Car le Festino, bien qu’il plonge ses racines dans l’histoire de la libération de la peste de 1624, est aussi toujours un récit contemporain : le langage change, l’esthétique change, la scénographie change, mais il reste fidèle à sa fonction la plus profonde, celle d’unir la ville.
Le titre choisi pour cette édition est « Une vie pour la ville », un slogan qui met l’accent sur la communauté et sur un récit capable de partir de Palerme pour s’ouvrir à une dimension plus universelle.
C’est précisément ici que Rosalia devient plus qu’une sainte : elle devient une figure symbolique. Une femme qui choisit une autre voie, qui échappe à un destin déjà écrit et qui devient une mémoire partagée. Une présence que Palerme continue de réinterpréter, génération après génération.
Le char du 402e Festino : nature, mémoire et avenir
Le char triomphal de cette année (2026) naît d’une vision résolument contemporaine. Mario Cucinella, architecte connu pour son attention portée au développement durable, a imaginé un bio-char : une œuvre scénique qui dialogue avec les thèmes de l’environnement, de la ville et de la communauté. Selon les informations publiées en amont, le char repose sur une structure à faible impact, des matériaux légers, recyclés ou recyclables, et sur une esthétique capable de raconter le rapport entre Palerme et son paysage.
Parmi les éléments les plus significatifs de cette édition figure également la statue de la Santuzza, décrite comme une figure portant une croix réalisée en bois récupéré sur des embarcations de migrants et éclairée par des centaines de papillons lumineux.
C’est une image puissante, qui dépasse le symbole religieux. Le bois des bateaux parle de voyage, de fragilité, de traversée et d’accueil. Les papillons évoquent la transformation, la légèreté et la renaissance. Dans cette lecture, Rosalia redevient une figure-pont : entre le passé et le présent, entre la ville historique et la ville qui change, entre la douleur et la possibilité de recommencer.
Ce n’est pas un hasard si l’un des thèmes évoqués par l’édition 2026 est celui de la Rosalia normande, liée aux origines historiques de la figure de Rosalia Sinibaldi et au contexte de la Palerme médiévale. La municipalité avait inscrit parmi les lignes directrices du Festino le thème « Rosalia, la sainte normande : âme rebelle, esprit ascétique », soulignant la dimension d’une femme noble qui choisit librement une autre vie.
Cette idée de l’« âme rebelle » est peut-être l’une des clés les plus intéressantes pour raconter Santa Rosalia aujourd’hui : non seulement comme une image de dévotion, mais comme une figure de liberté, de choix et de transformation.
Rosalia comme icône populaire
À Palerme, Santa Rosalia appartient aux églises, mais aussi aux rues. Aux balcons, aux étals, aux maisons, aux souvenirs, aux tatouages, aux illuminations, aux illustrations et aux histoires racontées aux enfants. C’est une figure qui sait trouver sa place aussi bien dans le sacré que dans le populaire.
Le Portail du tourisme de la ville de Palerme décrit le Festino comme une fête où se rencontrent la dévotion et les influences populaires, un mélange de sacré et de profane qui exprime la relation profonde des Palermitains avec la Santuzza.
C’est peut-être là la véritable force de Rosalia : être reconnaissable par tous, même par ceux qui ne la vivent pas de manière religieuse. C’est un symbole de Palerme. Une figure féminine, florale, douce mais extrêmement forte. Une présence qui n’impose rien, mais qui accompagne.
Icons of Sicily : raconter la Sicile à travers ses symboles
C’est de cette idée que naît également notre projet Icons of Sicily : transformer les grands symboles siciliens en petites icônes contemporaines, capables de raconter des histoires anciennes dans un langage nouveau, pop, accessible et à collectionner.
Notre statuette de Santa Rosalia ne cherche pas à remplacer l’image traditionnelle de la Santuzza, mais à en proposer une nouvelle interprétation : plus ludique, plus contemporaine, plus proche de l’univers du design et du récit visuel. Une petite icône rose, délicate et reconnaissable, qui porte en elle des roses, de la beauté et la mémoire de Palerme.
À côté de la statuette, nous avons choisi dans notre boutique d’autres objets qui dialoguent avec cet imaginaire : cartes postales illustrées, pensées comme de petits fragments de Sicile à conserver ou à offrir, la liqueur aux roses, un rappel sensoriel de la fleur la plus associée à l’image de Rosalia, le café avec des illustrations dédiées, qui transforme l’un des rituels les plus appréciés des Siciliens en un petit objet narratif à emporter chez soi, ainsi qu’une gamme de torchons dédiés à Palerme
Car raconter Santa Rosalia ne signifie pas seulement parler d’une fête. Cela signifie parler de Palerme, de sa capacité à transformer l’histoire en beauté, la douleur en rituel et la mémoire en avenir.
Une Santuzza contemporaine
Le 402e Festino arrive à un moment où Palerme continue de redéfinir son identité : ville méditerranéenne, ville touristique, ville créative, ville fragile et extrêmement puissante. Dans ce contexte, Santa Rosalia continue de servir de boussole symbolique.
Son image nous rappelle que les icônes ne sont pas immobiles. Elles vivent parce qu’elles sont réinterprétées. Elles changent de forme, de couleur et de langage. Elles peuvent se trouver sur un char monumental, dans une carte postale, dans une statuette de collection, dans une liqueur parfumée à la rose ou dans un récit à partager.
Rosalia, c’est Palerme qui résiste, se réinvente, se pare pour la fête et revient regarder la mer.
Et c’est peut-être précisément cela, le plus beau sens du Festino : ne pas célébrer seulement ce que nous avons été, mais imaginer ensemble ce que nous pouvons encore devenir.
Vive Palerme. Vive Santa Rosalia.




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